Auto-stop ? Le récit publié sous ce titre par Daniel Bélanger aux éditions des Allusifs tient bien moins du récit picaresque que semble annoncer son titre que de l’ « arrêt sur soi », à l’âge critique de 19 ans, lorsque l’on est encore en quête de soi.
En fait de quête, le narrateur paraît se fuir. Fuir le père bon mais « endormi » (c’est l’image qu’il emporte de lui), en sommeil de la vie. Fuir la mère déprimée qu’il ne peut aider. Fuir en Europe qu’il traverse méthodiquement, enfermé dans une glace sentimentale qui ne lui donne accès à rien, ni à la chaleur des rencontres ni à la magie des lieux.
Jusqu’à ce qu’il rencontre Anna l’Italienne, ses gestes sûrs de lavandière, son mystère de fille inaccessible, si ce n’est par le corps qu’elle offre. Une rencontre-révélation, la vie enfin – provisoirement, car la glace ressaisit sa proie vivement.
Mais le narrateur offre au couple un drôle de happy end, le temps que les faux semblants érigés par les deux amants, ces êtres de fuite, se dissipent…
Deuxième récit publié par les Allusifs dans une collection portant sur les « peurs », le récit de Daniel Bélanger explore avec poésie la peur de vivre. Incapable d’éprouver, de s’abandonner, de se lier, le jeune homme que fut le narrateur doit faire l’expérience d’un sentiment qui ressemble à l’amour, du manque, de la perte de soi, pour gagner l’apaisement et finalement s’ouvrir à l’autre sans mensonge. Le charme de cette aventure qui mène aussi à l’art (car le jeune homme désire sans y parvenir tout d’abord se libérer de lui-même dans les mots, la musique) tient en outre à sa forme, des vers libres qui transforment cette expérience en élégie.
Un petit ouvrage qui, mine de rien, a rallumé le souvenir des étés berlinois, foyers de tant de découvertes et de rencontres. Ceux qui ont cherché refuge dans une autre terre, dans une autre langue, pour se trouver là où on ne les attendait pas partageront l’émotion douce-amère de ce poème de fin d’adolescence.

Lu dans le cadre de masse critique